Be:Mo by Total

Be:Mo optimise les parcours utilisateurs en liant les écosystèmes de mobilité et les services énergétiques.

Pourriez-vous revenir sur votre parcours professionnel ? Étiez-vous destinée à l’intrapreneuriat ?

J’ai commencé ma carrière chez Total en 2004, et rien ne me prédisposait d’ailleurs à une carrière longue au sein du Groupe. J’ai d’abord vendu des cartes pétrolières sur le terrain, et je suis passé par beaucoup de postes différents. J’ai découvert chez Total tout un écosystème extrêmement intéressant, reposant sur l’énergie et la mobilité. 

Aujourd’hui, je suis Head of Product Development, et CEO de Be:Mo, mon projet intrapreneurial.

En ce qui concerne mon profil, j’ai une appétence particulière pour la gestion de projet transverses et le digital. Mes six derniers postes chez Total ont été créé. Je ne sais pas si j’étais destinée à intraprendre, mais ce qui est certain c’est que j’ai l’esprit d’initiative, j’aime créer des choses, et de la valeur. Ce sont je pense deux caractéristiques d’un intrapreneur. Quelque part, j’ai toujours été embarquée dans des aventures où l’on défriche un peu, à la frontière entre les nouvelles technologies et le business. 

Comment s’est passé le grand saut dans l’intrapreneuriat ?

Petit à petit, au grès de mes expériences professionnelles, j’ai observé le marché de la mobilité et de l’énergie. J’ai réalisé et compris que celui-ci était en pleine mutation, et que de nombreuses opportunités business allaient émerger ou émergeaient déjà.   

  • La première observation, c’est l’essor des véhicules connectés.  Les véhicules deviennent en effet des objets connectés, les utilisateurs interagissant de plus en plus avec ceux-ci. Les choses ont radicalement changé à ce niveau entre le moment où je suis arrivé chez Total et aujourd’hui.
  • La deuxième observation, c’est l’émergence de la mobilité « on demand ». Le parcours utilisateur a beaucoup changé. Les services tels que Uber ont complètement transformé la manière dont les utilisateurs vivent la mobilité aujourd’hui. Il y a une standardisation et une autonomisation des parcours utilisateurs.
  • La troisième observation concerne la transition énergétique. Total possède des clients historiques qui ont besoin d’accompagnement vers la transition électrique et vers le véhicule électrique notamment. C’est un vrai challenge parce que si la façon dont on fait un plein est extrêmement clair, nous sommes encore dans un monde qui est loin d’être structuré concernant l’électrique. D’un côté, des véhicules électriques ultra connectés, et de l’autre, des réseaux de bornes qui ne sont pas au niveau des attentes en termes d’expérience client. 

Toutes ces observations m’ont poussées à creuser le sujet du lien entre mobilité et services énergétiques. Par contre, je ne suis pas passée par le programme intrapreneuriat de Total… J’ai intrapris de façon spontanée, en autonomie. Quand je dis « de façon spontanée », cela ne signifie pas que ce fut simple, bien au contraire ! Mais je n’ai pas concrétisé mon projet grâce à un programme spécifique, qui existait pourtant déjà à l’époque.

Comment avez-vous structuré ces observations pour aboutir à un projet ?

Je suis partie d’un PoC, en 2015. En effet, à cette époque Total travaillait avec Drive Now, un service de car-sharing allemand, joint-venture entre Sixt et BMW. L’idée était de prendre un véhicule BMW dans la rue, faire une course puis payer le service avec le plein d’essence inclus dans l’équation.

Ainsi, notre problématique était de savoir comment faire le lien entre la station d’essence et le véhicule connecté. Total et BMW ont ainsi créé un parcours utilisateur au sein du véhicule, afin de pouvoir débloquer les pompes à essence depuis le tableau de bord.

J’ai mené ce projet en autonomie, avec le directeur innovation de la filiale allemande.  Après un échange téléphonique de 2h, nous avions déjà presque finalisé les specs. Ce que je souhaite dire par là, c’est que lorsque l’on a le bon interlocuteur en face, qu’il y a un réel besoin, une volonté et une relative autonomie, tout peut aller vite.

Autonomie ne signifie pas liberté totale. Mon gros challenge, c’était de savoir comment je pouvais passer à travers les mailles du filet pour concrétiser un projet qui est était encore largement au stade de tâtonnements. Si j’étais autonome dans la prospection du besoin et dans la recherche de solutions, il fallait désormais passer au stade de la concrétisation.

J’ai eu la chance à ce moment-là d’avoir un manager à l’écoute, et qui m’a offert la liberté nécessaire pour m’exprimer.  J’ai eu la chance de réaliser le projet sans passer par une vision long terme, et de pouvoir faire ces expérimentations.

Drive Now n’est pas Be:Mo. Un changement d’échelle, ou de positionnement ? 

J’aime quand les sujets bouillonnent, et Drive Now m’a poussé à me pencher encore plus sur l’industrialisation des parcours clients. Il y avait selon moi un vrai sujet à creuser. Avec une collègue de la DSI Total, nous avons formé une petite équipe, que l’on a appelée « customer on demand services programs » et nous l’avons localisée au sein de l’incubateur de Total (le Booster).

Assez rapidement, je me suis rendu compte que notre projet ne répondait cependant pas à la problématique de la transition énergétique.  Nous surfions sur des assets existants de Total, et donc il fallait aller plus loin. Cela passait par une nouvelle plateforme digitale s’apparentant plus à une plateforme SaaS.  

Be:Mo c’est finalement une plateforme SaaS qui va connecter différents types de fourniture d’énergie dans la mobilité (aujourd’hui principalement des stations-services et des bornes de recharge). Notre objectif premier était de permettre à des acteurs de la nouvelle mobilité d’intégrer Be:Mo directement dans leur propre application ou directement dans le tableau de bord du véhicule. Vous pouvez, avec une seule intégration, adresser des véhicules thermiques, des véhicules électriques ou d’ailleurs des hybrides rechargeables.  L’énergie est tout de suite intégrée dans l’équation.

 Le parcours digital est simplifié. Dans votre véhicule, vous sélectionnez votre pompe, vous sortez du véhicule et faites directement votre plein. Vous gagnez beaucoup de temps, et une vraie précision sur les frais engagés, ce qui est très appréciable pour les acteurs de la location, ou de véhicules partagés.

Quels ont été vos challenges principaux ?

Il y avait deux challenges principaux pour passer de Drive Now à Be:Mo. Tout d’abord, il fallait présenter un vrai dossier au Top Management, afin de créer une entreprise à part entière.

Enfin, il fallait recruter des développeurs, quelque chose de nouveau pour Total. Pour notre projet, et je dirais même selon moi pour le futur de Total, nous avions besoin de cette connaissance du digital, cette connaissance du SaaS, je vais encore plus loin cette connaissance des plateformes cloud, etc. Le plus gros challenge pour moi était donc d’expliquer en interne qu’il fallait embaucher de nouvelles compétences pour pouvoir aller au-devant des futures demandes clients. Nous avons porté ce dossier pendant 2 ans. Bienvenue dans le monde de la transformation culturelle et digitale d’un grand groupe comme Total.

Je pense qu’un intrapreneur est aussi, et peut être même surtout, un transformateur des mindsets internes, un agent du changement. Défendre un dossier et créer sa start-up au sein d’un grand groupe est compliqué politiquement. Des barrières se dressent subitement sur le chemin, il y a un mécanisme naturel de protection de l’entreprise.

Ou en est Be:Mo aujourd’hui ? Comment avez-vous traversé cette année 2020 si particulière 

Nous avons lancé la première version de notre plateforme SaaS en avril 2020, donc en pleine crise sanitaire. Nous avons pu faire des tests dans les stations-services en Allemagne grâce à la filière Total en Allemagne qui nous a aidé sur place mais nous avons connu de vraies complications. Il a fallu attendre trois mois avant de pouvoir débloquer une borne. Aujourd’hui, en mars 2021, nous avons 120 000 bornes connectées à la plateforme. La grosse difficulté en 2020 aura été la réalisation des tests. Les 120 000 ne sont pas situés qu’en France, donc cela demande de se déplacer et tous ces déplacements sont extrêmement retardés voire impossible à cause des restrictions sanitaires. 

Dans le domaine de l’électrique, Be:Mo est face à deux types de croissance. D’une part il y a une croissance liée à de nouveaux contrats avec de nouveaux partenaires, mais il y a aussi d’autre part toute la croissance organique du réseau de recharge. En effet tous les gouvernements annoncent la mise en circulation de plus en plus de bornes. Or ce que l’on constate chez Be:Mo, c’est que la qualité des réseaux extrêmement diverses selon les types de bornes qui sont installés. Pour nous, il y a un challenge concernant la fiabilisation des données côté recharge. 

Si c’était à refaire, auriez-vous finalement postulé au programme d’intrapreneuriat de Total ?

Concernant le programme d’intrapreneuriat, je me base beaucoup sur l’adage : « first who, then what ». J’ai eu la chance de croiser à un moment donné un manager qui m’a fait confiance, et un sponsor. S’il n’y avait pas eu ça peut être que je me serais tournée vers le programme d’intrapreneuriat, ou vers autre chose. Il peut y avoir des programmes, des structures, etc, mais selon moi il y a surtout des personnes à convaincre, à embarquer, des personnes qui vont prendre des risques pour le projet, et qui vont s’engager avec nous. C’est plus une histoire de personnes que de programmes.

Auriez-vous des conseils à donner à ceux qui hésitent à se lancer aujourd’hui ? Quelles sont les principales qualités requises, selon vous ?

Selon moi, il ne faut surtout pas se lancer si la personne n’est pas 100% convaincue de son idée. Quand je dis 100% convaincu, je ne parle pas d’un business plan à cinq ans, mais il s’agit d’être persuadé le projet apporte de la valeur et que le réaliser est possible, car convaincre en interne ne sera pas simple. Croyez en vous et en votre projet.

A l’époque de ma réflexion autour de Be:Mo, j’ai également pris du temps pour relire de vieux classiques du marketing et j’avais notamment relu « Good to great ». Je le conseille car c’est un livre concernant les facteurs clefs de succès, rempli d’exemples et de bons conseils.

Enfin, j’ai également très vite décrit les valeurs de la société que j’avais envie de créer. Je pense que c’est très important parce qu’au moment de se lancer, il faudra faire beaucoup de choix d’un coup. À un moment donné, ces choix doivent être drivés par une culture, par des valeurs, et bien sûr la vision que vous portez.

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