Intrapreneuriat4good, l’innovation à impact positif !

“Here’s to the crazy ones. The misfits. The rebels. The troublemakers. The round pegs in the square holes. The ones who see things differently. You can quote them, disagree with them, glorify or vilify them. The only thing you can’t do is ignore them. Because they change things. The people who are crazy enough to think they can change the world, are the ones who do.” Campagne publicitaire d’Apple, 1997 ‘Think Different’


L’intrapreneuriat4good : une nouvelle façon d’aborder l’entrepreneuriat en entreprise qui va puiser sa dynamique dans les motivations profondes des collaborateurs de porter des projets innovants de façon plus durable et responsable.

Cette « good vibe » séduit les entreprises qui voient l’opportunité d’associer leurs équipes à la construction du monde d’après, inspirés par les enjeux environnementaux et sociétaux actuels.

Qui est à l’origine de ce mouvement ? Qui sont les intrapreneur4good ? Quels sont les opportunités et bénéfices pour les entreprises ? On vous dit tout sur cette tendance qui a tout pour durer.


L’intrapreneuriat4good, un concept dans l’air du temps

Le contexte actuel est favorable à l’innovation et 2020 est une année charnière. Facteurs de risques et d’opportunités, les crises sont des catalyseurs de « destruction créatrice » [1] pour l’entreprise et des vecteurs d’opportunités, au moins pour celles qui sauront échapper à la dictature du court terme. Les crises sont également pour le consommateur des opportunités de revisiter ses modes de consommation et de questionner ses valeurs. À ce niveau, la crise économique, sociale et sanitaire engendrée par la Covid-19 ne déroge pas à la règle. S’il est trop tôt pour analyser ses transformations au niveau sociétal, les stigmates seront certainement profonds et cette crise aura bouleversé les manières de travailler, transformé certains modèles économiques et changé quelques habitudes de consommation. Selon un récent sondage BVA, 48% des dirigeants d’entreprises indiquent que cette crise a un impact positif sur le développement des projets d’innovation [2]. Pour beaucoup, l’année 2020 marque la fin d’une ère, et le modèle de la maximisation des profits touche à sa fin. En 2021 plus que jamais, ne réduisez pas vos efforts d’innovation, profitez-en pour prendre le tournant et accélérez.

La dernière décennie a vu la RSE arriver sur le devant de la scène. Depuis la fin des années 1980, alors que notre planète brulait déjà et que nous regardions ailleurs [3], nombre de startups se sont lancées sur le marché exploratoire du « green ». Rassemblées depuis 2018 sous la fameuse bannière « Tech for Good », elles semblaient avoir pris la notion en otage, malgré l’émergence de différents labels RSE (B-Corp en 2006 par exemple). Quelle place pour les grandes entreprises dans la création du monde de demain ? Le 23 mai 2019, la loi PACTE vient fixer un nouveau cadre RSE pour le monde des affaires et invite les entreprises à questionner leur raison d’être. Économie et soutenabilité ne semblent finalement pas irréconciliables. Les solutions aux objectifs de développement durable fixés par l’ONU représentent un marché annuel de 11 000 milliards d’euros et 380 millions d’emplois créés d’ici à 2030, selon la Commission entreprise et développement durable. Ainsi, comme le prédit Benjamin Tincq [4], fondateur et CEO de Good Tech Lab, « les entreprises qui font partie de la solution capteront les marchés du futur ».

Voici venu le temps des intrapreneurs4good. Ce concept rassemble RSE et le besoin d’innover de la part des grandes entreprises. Si l’intrapreneuriat apparait au début des années 1980 (voir notre dernier article ), et consacre celui qui transforme une idée en activité rentable au sein d’une organisation [5], nous utilisons l’expression « intrapreneur4good » pour qualifier l’intrapreneuriat à impact social et/ou environnemental. La notion regroupe les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies, cibles à atteindre à l’horizon 2030 en matière de durabilité. « 4good » revêt donc des réalités différentes, mais fait écho aux objectifs d’éradication de la pauvreté, de protection de la planète et de garantie de la prospérité pour tous, autrement regroupés sous les « 5P » : peuple, prospérité, planète, paix, partenariats. La notion d’intrapreneuriat4good répond à plusieurs attentes : celles de la société, celles des travailleurs qui sont en quête de sens, et celles des entreprises pour qui créer de nouveaux business intégrant des objectifs de responsabilité sociétale devient vital.

La notion devient un véritable mouvement en partie grâce à un hashtag. En effet, à la genèse de l’expression, il y a le programme d’intrapreneuriat de BNP Paribas, le People’s Lab4Good, et sa campagne de 2017 estampillée du hashtag #intrapreneur4good. Partages de bonnes pratiques notamment sur Twitter, création d’une chaine de podcasts mettant à l’honneur des portraits d’intrapreneurs, le mouvement voit plus tard la formation d’une coalition inédite : Engie, Danone, et BNP Paribas ont réuni leurs intrapreneurs afin de créer un véritable réseau de valeurs, en boostant l’intrapreneuriat à impact positif.


Point de vue expert

Valérie Gaudart

Nous avons rencontré Valérie Gaudart, directrice du pôle Culture et Communauté chez Engie afin de recueillir son point de vue sur l’intrapreneuriat4good, et sur la coalition entre Engie, Danone et BNP Paribas sur ce segment.


Quel lien Engie entretient-il avec l’intrapreneuriat4good ?
Les communautés internes et externes d’Engie sont un puissant accélérateur de connexions, d’idées et de business for good. Nous avons créé en 2018 les Engie People Labs pour rassembler ces communautés. Opérant comme écosystème et espace de réflexion, les People Labs réunissent plusieurs fois par an des créateurs et passionnés, tous issus des communautés internes et externes du Groupe (collaborateurs, partenaires, influenceurs, experts…). Nous avons également créé la Engie Good Galaxy, la plateforme qui fédère et valorise tout ce qui se fait en innovation sociétale dans le Groupe, et qui agit comme diffuseur et propagateur de culture intrapreneuriale for good. En lien avec les 17 ODD, l’objectif est de mettre à profit l’intelligence collective des écosystèmes d’Engie pour apporter des réponses innovantes aux révolutions sociétales du XXIème siècle.

Expliquez-nous le rapprochement de BNP Paribas, Danone et Engie sur le sujet Intrapreneuriat4good.
C’est une coalition inédite autour de l’intrapreneuriat, à trois entreprises. Nous nous sommes aperçus qu’au sein de ces trois groupes, nous partagions la même vision du monde et les mêmes valeurs. Avec Sandrine Delage (BNP Paribas) et Alexia Penent D’Izarn (Danone), nous nous sommes retrouvées, et telles trois intrapreneurs nous avons porté ce projet d’alliance. Le 3 juillet 2019, pour la première fois, des intrapreneurs de BNP Paribas, Danone et Engie se sont réunis pour une journée de co-développement. Depuis ce sont plusieurs mois de formations diverses communes qui se sont réalisées. En alliant nos ressources, nous pouvons aller plus vite. Il est également à noter que nos activités peuvent finalement être complémentaires dans certains cas. BNP Paribas peut financer un projet, Engie peut l’industrialiser, et Danone apporter des solutions produits.

2020 a été une année plus que particulière. Comment envisagez-vous le futur ?
Nombreux de nos métiers de demain ne sont pas encore inventés, à nous de faire en sorte de construire le monde de demain que nous souhaitons. Technologique et sociétal. Écoutons, inventons, partageons ensemble. Soyons tous acteurs de l’impact positif, c’est notre raison d’être, et essayons de transformer la crise en opportunités. Chez Engie, cette vision et la thématique de l’intrapreneuriat4good fait écho à la raison sociale du Groupe. C’est donc naturellement que nous œuvrons à créer des liens utiles, internes et externes, et à booster l’engagement au sein des entreprises.

Qu’est-ce qu’un intrapreneur4good ? « Comme la girafe, l’intrapreneur4good a les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Sa hauteur de vue lui permet de voir venir les opportunités et de les saisir au vol, tout en gardant une approche pragmatique solidement ancrée dans la connaissance de l’entreprise. Sa personnalité de castor lui permet, à partir de son environnement, de construire de nouveaux modèles et d’aménager de nouveaux circuits de création de valeur sociale pour l’écosystème qui l’entoure » [6]. L’intrapreneur4good est porteur de la vision sociale de l’entreprise. L’enjeu pour lui est de créer un pont entre la recherche d’un retour sur investissement pour l’entreprise et la vocation sociale de son projet.

À la naissance de l’intrapreneur4good, il y a bien souvent l’entreprise qui impulse la dynamique en intégrant la thématique de durabilité dans son programme d’intrapreneuriat ou en le créant autour de celle-ci. Ainsi, le programme Dare de LVMH couvre l’enjeu de développement durable et en fait un de ses objectifs principaux. [7]

L’intrapreneur4good impulse le changement par l’exemple. Selon le modèle de culture organisationnelle d’Edgar Schein [8], les changements en entreprise reposent tout d’abord sur des postulats moraux et philosophiques qui sont ensuite opérationnalisés dans un ensemble de valeurs et d’attitudes.  Autrement dit, c’est par la transformation du système de croyance, de valeurs, et d’attitudes des employés que l’on inspire chez eux de nouvelles façons de faire. Cela demande ainsi des campagnes de communication, des réunions, des formations etc. À contrario de ce modèle, les intrapreneurs4good ouvrent la voie, deviennent des exemples et en ce sens inspirent l’action et peuvent, au final, transformer les valeurs, attitudes et croyances de l’entreprise. C’est le modèle de John Shook : « Start by changing how people behave, what they do ».

Un projet intrapreneurial « 4good » à la loupe

Jérôme de Tomasi

Jérôme de Tomasi, intrapreneur et fondateur de Waste Marketplace, a eu la gentillesse de répondre à nos questions pour nous présenter Waste Marketplace et nous livrer son retour d’expérience intrapreneuriale.


Quel est votre parcours et pourquoi l’intrapreneuriat ?
J’ai un parcours assez classique, majoritairement dans des grands Groupes, et à dominance financière. Après des expériences chez Bouygues, au sein d’une PME, puis chez SUEZ et enfin VINCI, me voilà fondateur et CEO de Waste Marketplace. Je connais aussi bien le travail de terrain que les bureaux, et j’ai, je dois dire, une appétence pour l’aventure et pour le fait de sortir de ma zone de confort. Je me suis rendu compte au gré de mes expériences que certaines choses étaient perfectibles dans le secteur des déchets, et que les différents acteurs ne se comprenaient parfois pas bien. L’idée de Waste Marketplace a commencé à germer alors que je travaillais chez SUEZ. Quand je suis arrivé chez VINCI, et que j’ai pu voir l’autre côté, c’est-à-dire comment les appels d’offres étaient passés par les acheteurs pour traiter les déchets de leurs chantiers, je me suis dit qu’on pouvait améliorer les processus en s’attaquant au problème différemment.

Waste Marketplace, en quelques mots ?
Waste Marketplace simplifie et optimise la gestion et la valorisation des déchets. Par un outil numérique, en 4 clics, vous pouvez commander votre enlèvement de benne et Waste Marketplace va aller sur le marché vous trouver la meilleure solution pour le faire. Tel prestataire va ainsi concrètement enlever telle benne, etc. Vous n’êtes pas lié à un acteur du déchet mais à un contractant général du déchet. C’est une solution unique, où il y a un seul interlocuteur pour le client mais beaucoup de prestataires derrière la solution.

Quels ont été les facteurs déclencheurs qui vous ont permis de vous lancer dans ce projet ?
Je suis convaincu qu’il y a des millions de gens dans le monde qui ont des idées mais qui hésitent à se lancer. Qu’est ce qui déclenche le grand saut ? Pour moi, le lancement du programme d’intrapreneuriat Leonard chez VINCI a été déterminant. Il y a un double avantage à se lancer avec ce type de programme. D’une part, l’incroyable contexte sécuritaire qu’il apporte, puisqu’il y a dans la majorité des cas une clause de retour à son poste. D’autre part, vous avez déjà votre premier client, qui est votre employeur. Les programmes atténuent les réticences de certains à se lancer sans filet.

Au-delà d’un tremplin, en quoi le programme d’intrapreneuriat de VINCI vous a aidé dans la maturation du projet ?
Le programme ne m’a pas véritablement formé à l’intrapreneuriat. Je parlerais plutôt de coaching. La méthode est puissante. Il s’agit d’adresser le tryptique : Problème – Solution – Clients, et c’est la méthode qui permet de le résoudre. Aussi, au-delà d’un cadre et d’une méthode, le programme favorise la collaboration. Il ne faut pas avoir peur de communiquer, confronter son idée, la retravailler sans cesse en fonction des retours, des remarques. On sous-estime grandement l’importance des feedbacks. Donc je dirais que le programme d’intrapreneuriat décuple la capacité à poser les questions, et synthétiser les réponses. Moi dans mon exemple, il y a plein de sujets que j’ai sorti du périmètre, grâce aux questions.

Quel est le profil type pour devenir intrapreneur ?
Je ne pense pas qu’il y ait un profil d’intrapreneur, mais il y a certains prérequis, surtout au niveau des soft skills. D’une part, il faut savoir faire part d’une grande humilité. On repart de zéro. Je dirigeais une équipe de 50 personnes, j’étais reconnu pour mes compétences, et du jour au lendemain je me retrouve tout seul et coaché par quelqu’un qui a la moitié de mon âge qui m’apprend la méthode. Il faut d’autre part un certain goût pour l’inconfort ou en tout cas pour l’aventure et l’inconnu. L’envie d’apprendre est aussi fondamentale, et l’implication. Il faut pouvoir s’impliquer à fond.

Où en est Waste Marketplace aujourd’hui ?
Et quels sont les challenges pour 2021 ? Cette année nous avons réussi à doubler le chiffre d’affaires, comme prévu. L’année prochaine nous espérons faire de même. Nous sommes passés de 4 à 12 collaborateurs. D’ailleurs, nous avons recruté essentiellement des commerciaux mais nos talents ont tous un point commun : aucun ne vient du secteur des déchets. En effet, ils auraient selon moi déjà une approche qui leur aurait été transmise par leur ancien employeur, et auraient plus de mal à prendre le sujet d’un point de vue très différent. Certes ils font parfois des erreurs, mais ils posent beaucoup plus de questions que ceux qui croient connaître. De plus, nous nous sommes rapidement développés nationalement. Nous sommes basés à Lyon mais nos chantiers sont dans toute la France.

Un conseil pour ceux qui hésitent à se lancer ?
Une idée n’est jamais ridicule, n’ayez pas peur. Il n’y a rien à perdre à émettre une idée et la défendre pendant une incubation. Une idée peut paraitre loufoque aujourd’hui mais sera peut-être parfaite dans 10 ans. Il y a aussi une question de timing. Par contre à un moment, il faudra aussi faire un choix. Il y a un moment où le travail à mi-temps ne marche plus. Pour ma part, c’est quand je suis rentré en accélération après l’incubation que j’ai dit à ma hiérarchie que je ne reviendrais pas. C’est une expérience époustouflante, ébouriffante, qui rajeunit, aussi. Quand vous avez connu ça, le poste d’avant, malgré tout son intérêt, paraît bien terne. En y réfléchissant, c’est en fait mon salut que j’ai préservé en disant que je ne reviendrais pas, car je sais que je n’aurais pas pu revenir, pas comme avant. L’expérience était trop forte pour faire machine arrière.

L’intrapreneuriat4good, une opportunité en or pour les entreprises 

Plus de 60% des CEOs admettent qu’il y a un écart important entre ce que leur entreprise dit et ce qu’elle fait en matière de RSE [9]. Cette dernière a tendance à s’effacer derrière le business. RSE et ROI sont-ils pour autant ennemis ? Et si l’intrapreneuriat4good était une des clés ?

Quels sont les leviers d’actions des départements RSE au sein des grandes entreprises ? L’entreprise peut d’une part s’efforcer de réduire ses externalités négatives dans ses interactions avec toutes ses parties prenantes. Elle peut, d’autre part de manière plus volontariste pratiquer du mécénat de compétences, technologique ou financier . Enfin, l’entreprise peut également chercher à innover en recherchant de nouveaux modèles économiques créateurs simultanément de valeur sociale et économique. L’intrapreneuriat4good s’inscrit dans cette troisième voie. Chez Yumana, nous avons l’habitude de dire qu’une entreprise engagée est une entreprise qui permet à ses collaborateurs de l’être. L’intrapreneuriat4good semble être une voie toute trouvée pour y parvenir.

Lancer une démarche d’intrapreneuriat4good possède de nombreux bénéfices.

L’intrapreneuriat durable est vecteur de croissance économique. En effet c’est un atout différenciant pour gagner des marchés, c’est un avantage concurrentiel certain car de plus en plus attendu par les clients. Selon Jean-François Connan, Directeur Responsabilité et Innovation sociale du Groupe Adecco, « Adecco n’aurait jamais pu être retenu par des opérateurs comme Pôle Emploi sans Adecco Insertion ». Il est également un truisme d’affirmer que si les employés se sentent engagés dans leur travail, cela améliore leurs performances et donc les résultats globaux de l’entreprise. Par ailleurs, observons le concept marketing de « Bottom of the Pyramid » (BoP). « L’idée est de vendre des produits habituellement réservés aux consommateurs solvables à des populations pauvres, considérées comme un nouveau segment de marché » [10]. Il s’agit de rendre accessibles certains produits ou services à la « base de la pyramide » en les adaptant. Les tenants du BoP et de l’intrapreneuriat4good partagent ainsi une vision semblable : « impact économique et plus-value sociale ne sont pas irréconciliables et l’entreprise peut être un levier puissant d’impact social. »[11]

L’intrapreneuriat4good faire rayonner la marque employeur. En effet la démarche permet de retenir, développer, et attirer des talents au sein de l’entreprise. A l’heure où l’engagement des collaborateurs devient une question RH de plus en plus fondamentale et où les talents disent privilégier une entreprise dont la mission serait en adéquation avec leurs valeurs, l’intrapreneuriat4good offre donc la possibilité aux entreprises de booster leur marque employeur. Selon une étude menée par l’EDHEC en 2019, les futurs diplômés considèrent le respect des principes de développement durable et la RSE comme primordiaux, et sont d’ailleurs 46% à exprimer qu’ils ne pourraient pas travailler dans une entreprise qui ne respecterait pas ces principes. Chez Accenture par exemple, les collaborateurs sont nombreux à postuler pour travailler dans le cadre d’Accenture Development Partnerships (ADP), structure qui offre aux ONG des solutions de conseil à prix coûtants. « C’est un outil d’attraction et de fidélisation des meilleurs éléments au sein d’Accenture ». [12]

Développer des programmes d’intrapreneuriat4good augmente la capacité des entreprises à penser « hors des sentiers battus » et à aborder les problèmes d’une nouvelle manière sociale [13]. Un programme de ce genre devient « un laboratoire d’innovation sociale »[14].En effet l’intrapreneur social engage l’entreprise dans un domaine parfois légèrement éloigné du sien et lui offre ainsi un espace d’expérimentation où elle peut tester de nouveaux business models, développer de nouvelles expertises, et acquérir un leadership sur des sujets comme l’insertion, la lutte contre la pauvreté, etc.

A l’instar des politiques RSE, l’intrapreneuriat4good permet de se forger une bonne réputation, à condition de correctement valoriser son programme. Adecco, en positionnant le travail temporaire comme une étape possible de l’insertion, a ainsi permis de faire évoluer le regard des structures d’insertion, mais aussi des professionnels publics de l’emploi sur l’entreprise. Selon Warren Buffet, « une réputation se construit en 20 ans mais se détruit en 5 minutes ». Se nourrissant de preuves, elle peut déjà rapidement évoluer et se renforcer avec la création d’un programme d’intrapreneuriat4good.

L’intrapreneuriat4good a le pouvoir de transformer l’ADN de l’entreprise

L’intrapreneuriat4good ne possède pas seulement des bénéfices externes en termes de business ou de marque employeur, mais aussi des bénéfices plus internes notamment en termes de transformation de la culture d’entreprise. Évolution des manières de travailler, des méthodes de travail, transformation du mindset des collaborateurs, transformation des croyances… Les programmes d’intrapreneuriat ont un objectif de Change, de transformation de l’entreprise.

Couplé à la notion d’impact, l’intrapreneuriat devient même plus qu’un outil de transformation interne mais une arme au service de la vision de l’entreprise. Les programmes d’intrapreneurat4good ne doivent pas être assimilés à des politiques RSE parmi d’autres, mais considérés comme des diffuseurs de pratiques RSE au sein de l’entreprise. De là à remplacer les autres dispositifs RSE ? Non. Cependant, le risque est que les entreprises érigent l’intrapreneuriat4good au rang de marionnette qu’on agite pour que les spectateurs applaudissent, mais sans laisser la notion transformer, inspirer, et influencer leurs organisations et business modèles. Il ne s’agit donc pas de considérer l’intrapreneuriat4good comme une fin en soi, mais de l’appréhender comme une phase de transition, un outil au service de la transformation des entreprises et de la société. À terme, l’objectif est qu’on ne parle plus d’intrapreneuriat4good, mais que tous les projets développés au sein de l’entreprise intègrent une dimension « 4good ».

Afin d’éviter une possible déception de la part de l’intrapreneur4good si son projet n’est pas sélectionné pour aller au bout du programme d’intrapreneuriat, il s’agit de trouver le bon équilibre entre les objectifs du projet et les moyens mis en œuvre pour y parvenir. L’objectif d’un intrapreneur4good, c’est avoir un impact positif, mais pour que le projet soit viable, il s’agit de le réaliser en intégrant les règles du jeu de l’entreprise (retour sur investissement notamment). Dans le cas de l’intrapreneuriat4good, la fin justifierait finalement les moyens.

Fruit d’une démarche entrepreneuriale interne qui concilie recherche de fort impact social et modèle économique équilibré, l’intrapreneuriat4good apporte de nouvelles réponses à des enjeux sociétaux. C’est un puissant outil à la disposition des grandes entreprises afin qu’elles participent aux côtés de la société civile, des startups et de la puissance publique à la recherche de solutions pour bâtir un monde de demain plus positif et durable. Réconcilions durabilité et Business. Chez Yumana nous en sommes convaincus : l’intrapreneuriat4good contribue à dessiner l’entreprise du futur.


[1] Concept économique associé à l’économiste et professeur Joseph Schumpeter (1883-1950), détaillé dans son ouvrage Capitalisme, Socialisme et Démographie, 1942
[2] Sondage BVA, Innovation Factory et Fast-up Partners, 2020
[3] Discours de J.Chirac, 2003
[4] https://www.usinenouvelle.com/editorial/la-tech-for-good-en-plein-boom-en-france.N894179
[5] 2008, Advancia
[6] P. Hartigan, J. Elkington, in Intrapreneuriat Social, la nouvelle frontière de l’innovation sociale pour l’entreprise
[7] https://www.lvmh.fr/actualites-documents/actualites/pour-la-premiere-fois-le-programme-dopen-innovation-dare-donne-rendez-vous-aux-collaborateurs-du-groupe-lvmh-a-londres/
[8] Professeur émérite au MIT, Organizational culture and leadership, 1985
[9] https://businessfightspoverty.org/articles/csr-is-dead-long-live-social-intrapreneurship/
[10] https://creativite33.files.wordpress.com/2016/02/intrapreneuriat-social.pdf
[11] ibid
[12] https://my-sezame.fr/2020/06/17/intrapreneuriat-quel-benefice-pour-l-entreprise/
[13] Op.Cit.
[14] Ibid.