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Ep. 3

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L'égo sabote les projets d'innovation

Inno: Off the Record

Culture d'innovation
Engagement des Collaborateurs

Dans cet épisode 3, Céline Degreef, CEO de Yumana, s’attaque à un invité omniprésent mais rarement assumé : l’égo.

Ce petit chef intérieur qui nous fait croire qu’on saurait tout gérer mieux que les autres… amusant en soirées jeux de société, mais redoutable lorsqu’il s’invite en entreprise.

Il peut tout faire basculer : même les plus belles réussites !

C’est l’histoire d’un programme d’innovation visionnaire, adoré des collaborateurs, rentable à millions… qui a très mal fini.

Parce qu’un projet peut vite passer d’une dynamique collective à une dynamite collective… quand l’égo décide de briller trop fort.

Ah notre égo, ce doux délire qui me fait être en mode « mais qu’ils sont nuls ! » devant Koh Lanta, alors que je panique dès que je vois une guêpe et que quand je rate un repas, je me tape direct une migraine.

Et ne me dites pas que vous ne l’avez jamais fait, pas à moi, ok ! Pas de jugement s’il vous plaît, parce que vraiment, là, je pense qu’on peut tous plaider coupable.

L’égo, c’est notre petit dictateur interne, qui nous fait régulièrement croire que nous, on aurait mieux géré que les autres. Une sorte de gourou intérieur qui tient à mettre son grain de sel un petit peu partout… un peu comme si sans lui, tout manquait de goût.

Et en entreprise ? C’est là que ça devient dangereux. Parce que quand l’ego met un badge autour du cou, quand il a une signature sur Outlook, qu’il se verse un café dans un mug « Best leader Ever »... et qu’il tient à faire les choses à sa sauce … là ça tourne vite en cauchemar en cuisine.

 

Hé oui, quand l’égo prend les rênes d’un projet disons-le, c’est souvent le début de la fin.

Et c’est mon sujet d’aujourd’hui !

Je vais te parler d’une entreprise qui avait TOUT bon. Une plateforme d’innovation interne visionnaire, lancée avant même que le marché existe. Un dispositif qui était plébiscité, adoré des salariés, et qui rapportait des millions. Oui oui, des millions.

Un succès de plus de 8 ans : une vraie poule aux œufs d’or… et malheureusement, le triste sort qu’elle a subi : celui de finir en nuggets et carrément disparaître du menu.

C’est l’histoire classique de comment les gens préfèrent parfois échouer avec leur vision que réussir avec celle d’un autre.  

Allez, on se repasse ce fossile qui date un peu mais qui avait tout d’un bijou, et je te montre comment parfois, la pire innovation, c’est juste de vouloir innover à tout prix.

 

2006… on se remet dans l'ambiance, on dansait tous sur du Sean Paul et Jacques Chirac était encore président. TikTok pour nous, c’était juste le bruit d’une horloge. On n’avait pas encore la ride du lion et on mettait des jeans taille basse sans souffrir. Ah, la belle époque ! On était beaux, on était jeunes, et on trouvait que la quarantaine, c’était vieux.

Bref. Mon histoire commence pile à ce moment-là.

Et en ce temps, cette grande entreprise française traversait... comment dire...une période délicate.

Le management était plus tendu que mon jean après un buffet à volonté et les départs volontaires n’étaient pas vraiment volontaires, si vous voyez ce que je veux dire.

Ambiance, ambiance.

Dans ce joyeux tableau, pour enrayer la crise et les années noires qui s’en étaient suivies, l’enjeu de taille devient vite de redonner confiance aux collaborateurs.

Mais alors, comment ?

Il faut se remettre dans le contexte : à l’époque, “innovation collaborative” c’est un mot qu’on ne connaît pas. Mais vraiment pas. Il n’y aucun acteur sur le marché en France. Rien. Nada. Que dalle.

Et pourtant, cette entreprise se dit « et si on donnait la parole aux salariés pour améliorer notre performance en leur permettant de soumettre et développer leurs idées ? »

Là tu te dis: « Ouais bon, ok, comme tout le monde, maintenant. » Sauf que là, c’est 2006.

LinkedIn n’est pas encore un temple de la mégalomanie. Le mot « disruption » est encore bien rangé dans une boîte entre « bad buzz » et « ubérisation ».

Et on ne fait pas encore de « conf call » ni de « TT ». Et personne, je dis bien PERSONNE, ne parle d’innovation collaborative. Ils avaient d’ailleurs de leur côté appelé ça « innovation salarié »… très simple, mais c’était bel et bien le début de quelque chose de totalement novateur.

C’est donc avant-gardiste, c’est visionnaire, et c’est plein de promesses.

D’autant qu’on part d’une feuille blanche : permettre aux collaborateurs de soumettre leurs idées c’est une chose, mais les développer réellement, c’est ambitieux.

Le projet est confié à cette petite boîte, qui ne deviendra Yumana que bien bien plus tard. Hé ouais ça ne nous rajeunit pas, tout ça.

Et c’est sur un coin de table, alors je vous la raconte vraiment comme ça s’est passé… dans un petit resto vietnamien, entre deux gorgées de pho sur une nappe en papier tâchée de gras que la toute première plateforme d’innovation collaborative s’invente. Ça sent l’huile, la coriandre et le génie.

Et la pression monte comme dans une cocotte-minute.

100 000 collaborateurs à embarquer, 3 mois chrono avant le service officiel, toutes les Directions déjà sur le feu... et des moyens illimités. Tous les ingrédients sont réunis pour que la sauce prenne. Mis à part garder toute l’équipe qui s’occupait du projet en vie d’ici là, tout était sous contrôle.

L’emballement est tel que le top management, galvanisé par sa propre folie des grandeurs ou peut-être juste 3 expressos martini de trop, annonce que toutes les idées auront une réponse sous 72 heures. A ce moment-là, tout le monde est loin d’imaginer que les résultats vont dépasser les attentes.

Boom, la machine est lancée, et le premier mois, ce ne sont pas moins de 15 000 idées soumises par les collaborateurs qui émergent.

3 mois plus tard, 25 000 idées sont en stock.

Les serveurs fument plus qu’une baraque à frites un soir d’été et croyez-moi qu’en tant que belge, je m’y connais en frites.

Le programme doit s’adapter pour tenir cette ambition. La V2 voit le jour, et se structure avec un système de team d’experts qui rejoignent le dispositif pour venir valider les idées et répondre aux collaborateurs.

Le succès est retentissant : la première année, 35 000 collaborateurs sont actifs, 40 000 idées sont postées. Entre temps, la plateforme évolue encore, avec une itération permettant de calculer combien coûte et rapporte chaque idée, validée par des contrôleurs de gestion.

Les millions affluent. Le bénéfice business est réel. Avec une équipe projet interne de seulement 20 personnes, la business unit en charge devient vite la plus rentable de l’entreprise.

Les magazines en font la une. Un programme d’innovation qui fait gagner des millions, ça en fait saliver plus d’un.

L’entreprise semble tenir la recette gagnante.

 

8 ans plus tard, ils ont économisé 600 millions grâce aux idées, et ils ont généré 100millions de nouveaux revenus : la poule aux œufs d’or a bâti sa propre légende.

Alors vous allez me dire, mais où est le couac ?

Bim… Annonce d’une nouvelle nomination dans l’entreprise… la voila qui prend la tête du programme. Et notre protagoniste ne compte pas rester dans l'ombre de son prédécesseur ! Et parce qu’il a bien envie de mettre sa signature au menu, il fait entrer le renard dans le poulailler.

Il veut SA marque, SON programme, censé supplanter le précédent. Nouvelle identité, nouveau logo, nouvelles promesses... mais moyens plus secs qu’un blanc de poulet au micro-ondes.

Ce qui faisait la réussite du programme : c’était la valorisation des collaborateurs qui voyaient leurs idées être développées, c'était les récompenses, le calcul réel des bénéfices, les experts mobilisés pour évaluer les idées… mais là tout s’arrête.

La gouvernance s’écrème, l’équipe en charge aussi… et la nouvelle plateforme devient simplement un lieu de collecte… où les idées viennent mourir peu à peu.

Le désengagement opère, les résultats s’effondrent… L’enthousiasme se fait la malle. La branche est coupée, le dispositif autrefois gavé d’idées, se retrouve plumé.

La poule aux œufs d’or ne pondra plus… et elle finit empaillée !


On est passé d’un cercle vertueux qui a de l’impact, qui crée l’émulation valorise et fédère avec une véritable approche de déploiement, à une boîte à idée sans projets concrets de transfo business, qui privée de moyens financier set humains, enraye définitivement la dynamique.

C’est la fin, tout court, pour ce Groupe qui ne remettra jamais le pied à l’étrier d’un mouvement qu’il avait initié avant tout le monde.

Ah là là, vraiment… Il y a des trucs sacrés qu’on ne devrait jamais toucher : genre… la vraie recette des lasagnes, les règles du UNO et un programme d’innovation interne qui fait des millions.

Notre égo, ce petit monstre qui nous fait préférer avoir tort solo que raison à plusieurs, ce petit parasite qui transforme les victoires collectives en flops personnels, ce disciple du chaos qui préfère nous faire signer un échec plutôt qu'hériter d'une réussite…

Alors au final, comme diraient les boomers qu’on est sûrement devenus entretemps « c’était mieux avant ».

 

Parce qu’au fond, derrière les poules, se cachent parfois des paons … qui, pour déployer leurs plumes, cherchent juste à réinventer la roue.

Et c’est dommage… Parce qu’avec une vision aussi novatrice sur l’innovation collaborative avant l’heure, ils tenaient un envol magistral. Mais ils ont raté la fenêtre… là où il suffisait de se glisser dans l’aile du collectif… et de laisser au sol l’envie d’être le seul à briller.

Je vous laisse, pour conclure, sur la morale de cette histoire « quand tu as la poule aux œufs d'or, la dernière chose à faire, c'est de changer de fermier. »

Alors c’est déjà la fin de l’épisode, mais pas de l’histoire.

Rendez-vous très bientôt pour une prochaine chronique où on secoue les certitudes, on agite les belles idées, et on rit (parfois un peu) quand ça pique.

Inno: Off the Record ! Les chroniques officieuses de l’innovation.

  • De quoi parle l’épisode 3 de Inno: off the record ?

Cet épisode raconte l’histoire d’un programme d’innovation collaborative visionnaire, lancé bien avant que le marché n’existe, qui a généré des millions d’euros… avant de disparaître brutalement. Au cœur du récit : le rôle de l’ego, du pouvoir et des décisions managériales dans la destruction d’un dispositif pourtant performant.

  • Est-ce une histoire réelle ?

Oui. L’épisode s’appuie sur un cas réel vécu en entreprise en 2006. Les noms et certains éléments sont volontairement anonymisés, mais les faits, dynamiques et mécanismes décrits sont authentiques.

  • Que dit cet épisode sur l’innovation collaborative ?

Il montre que l’innovation collaborative ne se limite pas à collecter des idées. Elle repose sur une gouvernance solide, des moyens humains et financiers, une reconnaissance des contributeurs et une capacité à déployer réellement les idées dans le business.

  • Pourquoi raconter cette histoire aujourd’hui ?

Parce qu’elle reste terriblement actuelle. Malgré les discours modernes sur l’innovation, les mêmes erreurs se répètent encore : casser ce qui fonctionne, sous-estimer l’humain et laisser l’ego prendre le pas sur l’intérêt collectif.

  • Où retrouver la suite des épisodes du podcast Inno: Off the Record ?

Retrouvez Inno: Off the Record sur le site de Yumana et sur toutes les principales plateformes d’écoute : Spotify, Apple Podcasts, Deezer, YouTube, et autres services de streaming audio.

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Présenté par

Céline Degreef

PDG et co-fondatrice de Yumana

Photo de profil de Celine Degreef

Experte en intelligence collective et en gestion des écosystèmes d’innovation, Céline Degreef accompagne depuis plus de 10 ans les entreprises dans la mise en place de dispositifs d’innovation performants.
Cette expérience lui a permis de voir, de près comme de loin, comment les projets d’innovation au sein des entreprises naissent, réussissent et parfois déraillent. En 2025, elle lance son premier podcast, Inno: Off the Record, pour raconter l’innovation autrement.

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