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Ep. 4

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Communauté : le grand unfollow

Inno: Off the Record

Culture d'innovation
Engagement des Communautés

Dans cet épisode 4, Céline Degreef, CEO de Yumana, raconte comment une entreprise de la grande distribution a réussi l’impensable : fédérer 35 000 personnes autour d’un superbe Trophée de la RSE… avant de les laisser tomber comme un paquet de chips oublié au fond d’un tiroir.

Pourquoi il est important de continuer à battre le fer quand il est chaud ?

Comment un programme peut s’effondrer… sans faire la moindre erreur, si ce n’est ne rien faire ?

Et surtout : comment éviter d’offrir le même destin à ses propres communautés ?

Installez-vous. Ça pique, ça croustille, et ça rappelle que dans la vie comme dans les chips… tout est une question de timing.

Des fois je retombe sur certaines de mes conversations WhatsApp et j’ai honte.

Entre ces anciens collègues qu’on devait inviter à un barbecue “quand il fera beau”… Et il a fait beau. Plusieurs fois, même.

Sauf que maintenant on a attaqué la saison des raclettes.

Ou encore ce pote qui nous disait « on se fait un truc bientôt ? », et on a liké avec enthousiasme en se disant « carrément » et puis la vie nous a roulé dessus…et on l’a ghosté depuis 2 ans.

Quand le moment est passé, il est passé.

Et quand tu le rates, tu ne sais pas pourquoi ni comment mais les gens ont réussi dans un laps de temps que tu n’as pas vu venir, à avoir 3 gosses, un chien, une maison en Val de Marne, alors que ton dernier souvenir d’eux c’était en after, une despé dans chaque main, en train de se trémousser sur du Kamaro.

Leur vie s’est faite sans toi, et maintenant le bon moment pour raccrocher t’est passé sous le nez.

Reprendre contact, ce serait comme reprendre un paquet de chips ouvert qui traîne au fond d’un tiroir : c’est mou, cassé en petits morceaux, ça sent la nostalgie et l’humidité.

Et imaginez que vous ayez non pas une personne en face de vous, mais une communauté de 35 000 personnes hyper engagées et que vous avez laissé filer sans trop faire gaffe, ça fiche un peu le cafard, non ?

C’est le cas aujourd’hui de cette entreprise de la grande distrib qui avait réussi à mobiliser comme jamais pleins de gens super motivés pour leurs Trophées de la RSE et qui leur a dit « bougez pas je reviens ». Sauf que c’était trop tard, tout le monde avait bougé.

Allez, comme d’hab je vous raconte. Ouvrez votre paquet de chips, car ça va croustiller, et surtout, ne le refermez pas avant qu’il soit fini, car cette histoire mérite mieux que le placard.

Tout commence avec une SUPER idée de cette entreprise internationale : lancer les Trophées de la RSE avec un objectif phare : réduire l’impact carbone de la boite.

Et on peut dire qu’ils s’étaient donnés les moyens de leurs ambitions. Ce ne sont pas moins de 120 000 personnes qui étaient embarquées et pouvaient proposer leurs initiatives sur des thématiques qui avaient du sens, qu’il s’agisse de solutions écologiques ou de bonnes pratiques concrètes.

Et attention, le tout avec vidéo à l’appui. Parce que sauver la planète, c’est une chose… mais accepter de le faire en selfie, avec la lumière néon du bureau, en supportant sa propre voix enregistrée et son double menton en contre plongée, c’est le test ultime de la motivation et de l'implication personnelle.

Une affaire rondement menée : l’entreprise avait tout bien pensé pour viser haut, calibrer ses modalités de participation avec pertinence et ne récolter que la crème de la crème.

Et ça marche : pas moins de 2500 initiatives sont recensées, et surtout, une communauté hyper active de 35 000 personnes qui vote pour les projets proposés.

Les gens donnent tout et l'entreprise est au top du top. Euphorie générale, taux d'endorphines records, ambiance "on vient de sauver la planète et il n’est même pas midi".

Vraiment : sky is the limit.

Et franchement ? L’entreprise a raison de se réjouir : parce que là, et surtout sur une thématique comme celle-ci, c'est un vrai mouvement. 35 000 personnes, c’est une communauté de la taille de… Vannes. Ou de Bourg-en-Bresse. Fin d’une vraie ville, quoi.

Tout le monde est chaud pour la suite.

Attendez une minute…
…Mais quelle suite ?

Et là je sais, je viens de casser l’ambiance. Un petit pincement qui fait mal, un vide intérieur qui commence à planer… un peu comme recroiser son ex le jour où t’as mis ton vieux jogging troué et tes babouches pour aller chercher ton pain.

Eh bien oui, c’est douloureux... mais l'histoire s'arrête là. Et c'est bien tout le problème.

On était sur une dynamique plus huilée qu'un burger McDo, le genre de truc qui glisse tout seul, et puis pouf. Rien. Nada. Wallou.

Le silence radio.

Pas le silence qu’on aime des méditations, non celui qui est bien pesant. Celui qui s’installe quand tu prends l’ascenseur avec ton collègue de l’IT à qui tu n’as absolument rien à dire... d’autre que « Ca va, pas encore remplacé par l’IA ?».

Oh ca va, on peut se lâcher un peu non ?

Voilà, je parle de ce silence-là. Celui qui s’étire. Qui dure… longtemps… beaucoup trop longtemps.

Parce que voilà, 6 longs mois passent …

L'entreprise n'a prévu aucune next step immédiate. Alors oui, il y a un bien un peu de com’… deux trois articles, deux trois posts, quelques félicitations.

Mais entre nous, on le sait : ce n’est pas avec ça qu’on entretient une dynamique collective ou qu’on continue à animer une communauté.

Parce que bon, si c’était aussi simple, on aurait tous des mariages heureux et des amitiés éternelles avec une bonne newsletter qui partirait tous les 6 mois.

Je récapitule, donc : 35 000 personnes chaudes bouillantes, le genre de personnes qui ont pris sur leur temps pour proposer des idées, voter et s'investir ...et qu'on délaisse... comme ce tapis de course que j’ai acheté en janvier et qui me sert maintenant honteusement de porte manteau.

On parlait de gens qui étaient prêts à se retrousser les manches, à passer à l'action, à adopter les initiatives gagnantes et les déployer chez eux : l’entreprise aurait pu les embarquer dans ce nouveau challenge... Surfer sur cette vague parfaite, ce momentum si précieux quand tu as réussi à avoir fait le plus dur : les faire monter sur la planche et les garder debout.

Tu ne peux pas arriver comme une fleur 6 mois après que les gens aient déserté, en mode « bah qui veut continuer à participer ? ». Bah personne mon pote, personne.

Car l'idée... de base, c'était de déployer localement les initiatives primées. Un gros potentiel pour ancrer le programme à grande échelle, créer un vrai mouvement de fond et transformer l'essai.

Mais voilà, entre la phase 1 et la suite, il y a eu cet espace-temps étrange où tout s’est dissout. Comme feu ma vingtaine où j’aurai dû profiter de mes grasses mat’ et de mon métabolisme qui pardonnait tout.

Parce que c'est ça, le truc. On ne met pas les gens sur pause. La vie avance. Tictac !

Les gens, ils sont comme nous. Ils reprennent leur vie, leurs mails en retard, leurs lessives, leurs gosses malades tout l’hiver, et leur guerre quotidienne contre les chaussettes orphelines de la machine à laver. Ils ne se mettent pas sur pause en attendant de vos nouvelles.

Et c’est ça, le vrai secret : l’énergie humaine, ça ne se stocke pas.

On peut bien la mesurer, la documenter, la célébrer, en faire des slides qui en jettent et des chiffres clés qui envoient du lourd, si on la laisse s’échapper, on aura beau secouer le bocal, elle se sera envolée depuis longtemps.

En gros, tout ca, ça se cultive... et dans la vie comme dans les projets d’entreprise, ce qu’on ne fait pas vivre, meurt.

Finalement, engager une communauté, c’est une question de momentum, de vision long-terme et de mode continu. Avant même le lancement, il faut penser l’après et prévoir comment transformer l’élan en véritable engagement qui dure, en proposant d’autres façons de prendre part, d’agir, et de contribuer.  

Ce qui est dommage c’est que tout avait bien commencé : des Trophées de la RSE aux petits oignons, 120 000 personnes embarquées, 2 500 idées, 35 000 votants, un joli succès sur le papier. Ils avaient réussi le plus dur : fédérer…et ils ont simplement oublié le plus simple : continuer.

Après cette phase 1 et l’attente, l’enthousiasme collectif n’était plus que de petites miettes au fond du sachet, insaisissables.

Il n’y a donc pas eu de phase 2 pour l’entreprise, juste cette impression teintée de regrets qu’on avait trop laissé les choses se ramollir.

Une belle preuve que dans la vie comme dans les chips, tout est une affaire de timing.

Moralité: On dit toujours qu’il n’est jamais trop tard. Spoiler alerte : des fois, si.

Voilà c’est déjà la fin de l’épisode, mais pas de l’histoire.

Rendez-vous très bientôt pour une prochaine chronique où on secoue les certitudes, on agite les belles idées, et on rit (parfois un peu) quand ça pique.

Inno: Off the Record ! Les chroniques officieuses de l’innovation.

  • De quoi parle l’épisode 4 de Inno: Off the Record ?

Cet épisode raconte l’histoire d’un Trophée de la RSE ambitieux qui a réussi à mobiliser des dizaines de milliers de collaborateurs… avant de s’éteindre brutalement. Non pas par manque d’intérêt ou de qualité, mais par absence de suite et de vision dans la durée.

  • Est-ce une histoire réelle ?

Oui. L’épisode s’appuie sur un cas réel vécu en entreprise. Les noms et certains éléments sont anonymisés, mais les faits décrits sont authentiques.

  • Pourquoi le programme a-t-il si bien fonctionné au départ ?

Parce qu’il cochait toutes les cases : un sujet porteur de sens, un dispositif clair, des modalités de participation engageantes, une forte visibilité et une communauté très active impliquée dans la sélection des initiatives.

  • Qu’est-ce qui a provoqué la perte d’engagement ?

L’absence de phase 2. Après le succès initial, aucune suite immédiate n’a été proposée. Engager une communauté ne suffit pas : il faut penser l’après avant même le lancement. Sans continuité, sans nouvelles opportunités de contribution et sans vision long terme, même les plus beaux succès peuvent s’éteindre.

  • Où retrouver la suite des épisodes du podcast Inno: Off the Record ?

Retrouvez Inno: Off the Record sur le site de Yumana et sur toutes les principales plateformes d’écoute : Spotify, Apple Podcasts, Deezer, YouTube, et autres services de streaming audio.

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Présenté par

Céline Degreef

PDG et co-fondatrice de Yumana

Photo de profil de Celine Degreef

Experte en intelligence collective et en gestion des écosystèmes d’innovation, Céline Degreef accompagne depuis plus de 10 ans les entreprises dans la mise en place de dispositifs d’innovation performants.
Cette expérience lui a permis de voir, de près comme de loin, comment les projets d’innovation au sein des entreprises naissent, réussissent et parfois déraillent. En 2025, elle lance son premier podcast, Inno: Off the Record, pour raconter l’innovation autrement.

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