Inno: Off the Record
Dans cet épisode 6, Céline Degreef, CEO de Yumana, s’attaque à une incohérence qui a la vie dure : les entreprises qui parlent beaucoup de mixité… mais où trouver une femme au sommet relève encore du parcours du combattant.
Pourtant, VINCI a réussi à bâtir un véritable mouvement collectif autour de l’égalité femmes-hommes.
Avec connectHer, 800 ambassadeurs ont déterré les meilleures initiatives du Groupe pour les partager auprès de 280 000 collaborateurs dans 120 pays !
Comment transformer des actions locales en bonnes pratiques mondiales ?
Comment faire vivre une communauté sans la laisser prendre la poussière ?
Allez, sortez les casques : on démonte les clichés à grands coups de marteau-piqueur, on explore le programme brique par brique et on découvre pourquoi, en matière de mixité aussi, tout commence par de solides fondations.
Je dois vous avouer un truc, je déteste l’incohérence… et je crois que ce que je déteste encore plus, c’est quand elles concernent les femmes. Par exemple, quand cette marque d’électroménager te dit qu’elle est ultra engagée pour les femmes… et que sa grande action pour la « Journée d’la femme », c’est –20 % sur les aspirateurs. C’est vrai que ce qui manquait aux femmes depuis des siècles, lors de la journée qui célèbre leurs droits, c’est une meilleure aspiration entre les lattes du parquet.
Ou alors quand les entreprises disent être A FOND sur la mixité… mais que trouver une femme dans leur COMEX, c’est un peu comme trouver un avocat mûr au supermarché.
Donc là en toute logique si je vous dit : bâtiment. chantiers. Grue. Clairement vous vous dites surement que c’est pas le genre d’univers où on va avoir de grandes conversations sur l’empowerment féminin. Pas parce que les femmes n’y ont pas leur place, loin de là, mais parce que pendant longtemps quand même, on y a vu une majorité d’hommes. Un peu comme les tribunes de supporters de foot : ce n’est pas une règle… c’est juste l’histoire qui veut ça.
Et pourtant, si je vous dis que même dans cet univers, plus bob le bricoleur que le diable s’habille en prada, certains bons élèves s’en sortent haut la main…
Aujourd’hui, je vais vous parler de VINCI, qui a réussi à faire rayonner la mixité et à la faire vivre à l’échelle d’un groupe mondial de plus de 280 000 collaborateurs. Avec connectHer, ils ont bâti un dispositif en béton pour faire circuler les bonnes pratiques et transformer des initiatives locales en véritable mouvement collectif. Et c’est exactement ce programme qu’on va maintenant explorer brique par brique. L’idée n’est pas seulement de vous raconter une belle histoire (pour une fois). C’est aussi vous enlever quelques excuses pour ne pas construire un peu plus de mixité chez vous aussi.
Il y a des choses…….. qu’on garde jalousement pour soi. Comme ces requêtes chatgpt où on demande des choses qu’on ne dirait jamais à voix haute comme par exemple « Comment perdre 5 kilos avant l'été sachant qu'on est le 20 juillet ». « Comment savoir si c’est nous, la personne toxique du couple » ou encore » Que veut dire l’heure miroir 14h14 ». Oui oui très bonne question ca.
On sait pourquoi. Parce que certaines choses doivent rester bien gardées. C'est dans notre intérêt à tous.
Mais comme je n'aime pas l’incohérence, ce que je ne comprends pas, c'est quand on garde pour soi des choses qui mériteraient d'être d'utilité publique.
Comme chez VINCI par exemple. Des initiatives autour de la mixité, il y en avait déjà, ce qui est en soi une sacré prouesse, en sachant que c’est un univers où on est plus sur la vibe bottes de chantier que louboutin.
Sauf que ces initiatives, elles restaient là où elles étaient nées, un peu éparpillées.
Et quand on dit éparpillées, on parle quand même de VINCI. 120 pays. 5 pôles d'activités et une organisation tentaculaire qui couvre à peu près tout ce qui se construit, se concède et s'exploite sur cette planète. Or, ce qui ne se voit pas ne se sait pas. Parfois, ça nous arrange. Comme les conversations whatsapp qu’on range dans un dossier privé uniquement accessible par reconnaissance faciale. Mais parfois non.
ConnectHer se donnait cette mission : rassembler les initiatives existantes, leur donner de la visibilité, devenir un point d’entrée pour toutes celles à venir, et leur permettre d’être amplifiées et répliquées à l’échelle mondiale.
Le plan de VINCI, en bref, c’était un peu leur spécialité maison : construire, relier et faire le pont pour que les bonnes pratiques circulent partout.
Et quand on commence un chantier de cette envergure, on commence toujours par les fondations. Leur objectif, c’était d’abord de concevoir une phase pilote où le dispositif pourrait commencer à émerger, à vivre et à se structurer avant d’être accessible à tout le Groupe. Et dans un programme mondial, ça a son importance, parce qu’activer 280 000 personnes d’un coup… c’est une illusion. Juste comme ça, c’est 3 fois et demi le stade de France.
Et pour faire sortir ConnectHer de terre, ils se sont appuyés sur une communauté moteur et déjà pour le coup sur le sujet. J’ai nommé : les ambassadeurs D&I.
On parle donc d’influenceurs, version entreprise… pas ceux qui font des stories insupportables de “morning routine” avec leur matcha sur Instagram alors qu’ils se lèvent à 11H du mat.
Sans "salut mes girllssss"à tout va, sans code promo pour du thé detox et sans citation de dev perso du genre « Il faut viser la Lune car si on échoue, alors on atterrit dans les étoiles ». J’aime pas celle la.
Non. Les vrais. Ceux qui étaient déjà mobilisés, engagés, qui avaient des trucs à dire et à montrer.
Je vous parle de vrais bâtisseurs, pleinement engagés pour ériger la façade.
Et pour ça leur mission était d’aller déterrer les initiatives planquées dans les 120 pays, de remonter les bonnes pratiques qui vivaient leur meilleure vie solo, de partager leurs initiatives et les pousser sur la plateforme. En bref, en faire une vraie vitrine qui donne envie à tous les autres d’entrer, et pas juste de regarder par le trou dans la serrure.
Ces 800 ambassadeurs ont fait ce que font tous les bons ouvriers sur un chantier : ils ont bossé jusqu'à ce que ce soit fait. Et pas comme les mecs qui m’ont fait ma salle de bain en me disant "on verra à l'usage" quand il manquait 10 cm de joints, non, ceux qui assurent gros d’œuvre et les finitions impeccables. Pendant 6 mois, ils se sont mis à l’ouvrage, ont posé les pierres une à une pour identifier les meilleures pratiques, les pousser, animer le dispositif, créer une véritable dynamique communautaire.
ConnectHer était prêt. Et comme chez VINCI une livraison ça se fait dans les règles de l'art, les clés ont été remises le 8 mars. Evidemment.
Et elles ont été données à pas moins de 280 000 nouveaux locataires qui découvraient ce que ces 800 avaient construit pour eux.
Le lancement officiel a pris la forme d'une Gender Balance Week. Une semaine entière de contenus et de pédagogie autour de la mixité, avec notamment une série de vidéos au titre absolument délicieux : “On ne peut plus rien dire.” Phrase préférée des gens qui s’apprêtent à dire exactement ce qu’on aurait préféré ne jamais entendre.
Ce qui pouvait permettre de s’équiper en beauté pour clouer le bec de Gégé quand il lâche son commentaire sexiste dès le lundi matin dans l’ascenseur. Et qui répond "oh ça vaaaa" après chaque vanne qui n'en est pas une. Oui, ce même Gégé qui a un avis sur comment les femmes conduisent mais qui n’a plus de permis depuis 2019.
Bref. Lors de cette deuxième phase, c’était au tour des collaborateurs de s’approprier toute la matière : chacun pouvait reprendre les initiatives déjà en ligne, les ramener chez lui, s’en inspirer… et déposer à leurs tours leurs initiatives.
Pour booster la viralité, la plateforme permettait aussi aux ambassadeurs de faire tourner les initiatives dans leurs équipes. En gros : quand un truc marchait quelque part, on pouvait le promouvoir pour qu’il soit repris ailleurs. De quoi accélérer l’adoption de ce qui fonctionne à plus grande échelle. Un exemple, la campagne d’affichage Carton Rouge, qui a placardé noir sur blanc, en plusieurs langues et dans plusieurs pays, les phrases qu’on ne veut plus entendre. Du genre : “Oh vous les femmes, vous êtes susceptibles.” Non, Gégé, non c’est fini.
Le programme a été animé au fil de l’eau avec un véritable Hub de contenus pour acculturer, sensibiliser et raconter la mixité autrement.
Par exemple, avec des masterclass autour du personal branding, des soft skills, des vidéos des « makers », ceux qui font vivre la mixité sur le terrain et racontent ce à quoi ils sont vraiment confrontés : dépasser les biais liés à l’âge, encourager plus de femmes dans les filières d’ingénierie, comprendre ce qui bloque encore dans certaines évolutions de carrière…
Et puis il y a les témoignages “nos métiers ne sont pas réservés qu’aux hommes”. L’occasion de rencontrer celles qui font bouger les lignes et qui portent aussi très bien le casque de chantier.
Et pour remercier ceux qui s’activent, qui proposent, votent, et évaluent, parce que bon, "merci beaucoup c'est super c’que vous faites" dans un mail de la RH ça marche jamais de ouf, la gamification a permis à chacun de gagner des points en contribuant.
La super idée de VINCI, c’était troquer ces points contre des dons pour des associations, sélectionnées par la fondation VINCI. Donc plus vous agissez pour la mixité, plus vous financez une bonne cause. Un vrai système de récompense qui sert enfin à quelque chose. Contrairement à vos miles Air France que vous avez accumulés pendant dix ans et que vous avez finalement échangés contre un bagage cabine offert sur un vol pour Clermont-Ferrand.
Bon, vous vous imaginez bien que quand on est sur un programme de cette envergure, les résultats sont bétons. 100 initiatives identifiées et partagées en trois mois. 2 000 collaborateurs engagés dès l’ouverture. 30% de taux d'engagement à l'échelle des entités.
Alors le succès, il tient à quoi ? Déjà, à un sponsorship au sommet du building : quand le COMEX s’implique vraiment, bizarrement, tout le monde écoute. Incroyable. Comme si le pouvoir… avait du pouvoir.
Ensuite, une communication qui parle aux gens et aussi qui parle des gens. Du vécu, du vrai, des histoires portées par des gens réels qui incarnent vraiment le truc. Et on le sait….que ça marche….c’est pour ça qu’on est accro à des podcasts où les gens racontent leur dernière rupture ou qu'on écoute avec avidité des inconnus parler de leur vie dans le métro sans mettre d'écouteurs. Mais aussi, des mécanismes communautaires bien ficelés parce que si on veut que la sauce prenne, il faut pas arriver les mains vides. Et que là, les récompenses avaient clairement du sens.
Et surtout, un déploiement progressif, parce qu'un mur porteur ça se pose avant tout le reste. Avant les cloisons, avant le carrelage, et avant les rideaux qu'on a choisis trop tôt et avec trop d'enthousiasme.
Et parce qu’une fois que le mur porteur est là, on peut construire très haut.
En conclusion : connectHer a déclenché un véritable sentiment d’appropriation collective : des collaborateurs de tous niveaux sont désormais directement impliqués dans la promotion de l’égalité femmes-hommes.
Et franchement, si on pouvait installer ce truc partout, dans les dîners de famille où tonton dit "t’es pas belle quand t’es en colère" Dans les conseils d'administration qui trouvent encore que "les femmes sont moins disponibles" comme si les hommes avaient pas d'enfants, dans les vestiaires de foot, à chaque plateau télé où on invite un homme pour expliquer ce que les femmes ressentent, dans tous les ascenseurs de France où Gégé attend juste que les portes se ferment pour lâcher son petit commentaire….je crois sincèrement qu'on vivrait dans un monde meilleur. Un monde où les femmes passeraient moins de temps à prouver qu'elles ont leur place et plus de temps à occuper celle qu'elles méritent depuis le début.
VINCI nous prouve qu'on peut être la boîte qui construit les routes du monde entier, et décider un jour que les routes les plus importantes à construire sont celles qui mènent les femmes exactement où elles méritent d'aller.
Moralité : Parfois il suffit de bâtir un monument avec ascenseur pour qu’un projet s’élève.
C’est déjà la fin de l’épisode, mais pas de l’histoire.
Rendez-vous très bientôt pour une prochaine chronique où on secoue les certitudes, on agite les belles idées, et on rit (parfois un peu) quand ça pique.
Inno : Off the Record ! Les chroniques officieuses de l’innovation.
Cet épisode revient sur connectHer, le programme lancé par VINCI pour faire vivre et diffuser la mixité à l’échelle du Groupe. L’objectif : identifier les initiatives locales en faveur de l’égalité femmes-hommes, les rendre visibles et permettre aux collaborateurs de s’en inspirer pour les répliquer ailleurs.
connectHer est un dispositif conçu pour rassembler les initiatives existantes autour de la mixité, leur donner de la visibilité et faciliter leur diffusion à l’échelle internationale. Le programme s’appuie notamment sur une communauté d’ambassadeurs D&I chargés d’identifier et de partager les bonnes pratiques du Groupe.
En avançant progressivement. Une première phase pilote s’est appuyée sur 800 ambassadeurs D&I, mobilisés pendant six mois pour faire émerger les initiatives et créer une dynamique communautaire. Le dispositif a ensuite été ouvert à l’ensemble des 280 000 collaborateurs du Groupe, à l’occasion d’une Gender Balance Week.
Ils peuvent découvrir les initiatives déjà partagées, s’en inspirer, les promouvoir auprès de leurs équipes et proposer à leur tour de nouvelles initiatives. Un Hub de contenus vient également nourrir la démarche avec des masterclass, témoignages et vidéos destinés à sensibiliser aux enjeux de mixité.
Les collaborateurs gagnent des points en contribuant au programme, notamment en proposant, votant ou évaluant des initiatives. Ces points peuvent ensuite être transformés en dons à des associations sélectionnées par la Fondation VINCI, créant ainsi une récompense directement alignée avec l’engagement du programme.
En trois mois, connectHer a permis d’identifier et de partager 100 initiatives, d’engager 2 000 collaborateurs dès son ouverture et d’atteindre jusqu’à 30 % de taux d’engagement à l’échelle des entités. L’épisode met notamment en avant quatre facteurs clés : le sponsorship du COMEX, une communication incarnée, des mécaniques communautaires engageantes et un déploiement progressif.
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CEO et co-fondatrice de Yumana

Experte en intelligence collective et en gestion des écosystèmes d’innovation, Céline Degreef accompagne depuis plus de 10 ans les entreprises dans la mise en place de dispositifs d’innovation performants.
Cette expérience lui a permis de voir, de près comme de loin, comment les projets d’innovation au sein des entreprises naissent, réussissent et parfois déraillent. En 2025, elle lance son premier podcast, Inno: Off the Record, pour raconter l’innovation autrement.